Interview des auteurs de Trousse Boy

Interviews de Julien Josselin et Valentin Vincent

Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet Trousse Boy ? Est-ce un projet que vous aviez imaginé à deux ?
Il se trouve qu’on a vécu tous les deux EXACTEMENT la même chose quand on était au collège (se couper avec une trousse et développer des pouvoirs), c’est donc un comics de superhéros autobiographique. Et sinon, en 2012, à l’occasion d’un sketch diffusé sur W9, on s’est amusés à créer Trousse Boy, le super-héros avec l’origin story la plus absurde. La vidéo sort sur Youtube, les années passent, mais la blague nous reste en tête… Étant tous les deux scénaristes et consommateurs de bandes dessinées, on s’amuse à développer tout un univers et à prendre au sérieux nos personnages. Après tout, il existe bien un homme-fourmi (Ant-Man), alors pourquoi pas un homme-trousse ?

Votre carrière vous a davantage portés à écrire pour l’audiovisuel, est-ce que c’était différent de concevoir un scénario de bande dessinée ?
Effectivement, on est plus habitués à l’écriture de scénarios de films, mais on estime que la structure d’une histoire reste la même, et ce, peu importe le médium de diffusion. On a donc conçu les deux tomes de Trousse Boy comme un long-métrage scindé en deux parties égales. Dans un second temps, et aidés par l'expérience et le talent de notre dessinateur Grelin, on a adapté notre découpage à la grammaire singulière de la bande dessinée. Écrire notre BD, c’était aussi l’occasion de réunir nos envies de comics, de manga shonen et de cinéma de genre dans une seule et même histoire. On a adoré cette expérience ! C’était jubilatoire pour nous d’être enfin libérés des contraintes de productions audiovisuelles. Parce que dessiner un collège qui explose, c’est le même prix qu’une discussion sur un vélo, donc si ça a du sens dans le récit, autant se faire plaisir ! (Ce qui ne nous a pas empêchés de caler un vélo dans l’histoire… au grand dam de Grelin, qui préfère dessiner les explosions.)

Cette nouvelle série mélange adolescence et super-héros. Quelles ont été vos inspirations ou références ?
Aussi bizarre que ça puisse paraître, on a imaginé la structure de l’histoire de Trousse Boy comme un mélange entre Kuzco et Akira… à vous de nous dire ce qu’il en reste (rires). Concernant le sujet de l’adolescence, on avait déjà travaillé tous les deux sur Les Emmerdeurs, une série qui mêlait jeunesse et super-pouvoirs. C’est une approche qui nous a une nouvelle fois séduits puisque les pouvoirs sont finalement un prétexte pour aborder les thématiques fortes que nous traversons tous à l’adolescence. En ce sens, la BD rend aussi hommage à nos années collège et à l'ambiance particulière qui régnait entre les élèves. Ensuite, les références ont été très variées, des comics de Jeff Lemire à Scott Pilgrim en passant par le manga One Punch Man ou encore Meurtres à Saint-Malo et l’intégrale des Vieilles Canailles… De... de quoi ?!

Comment s’est passée votre rencontre avec Grelin et comment avez-vous développé l’univers de la série ensemble ?
Quand Elisa Renouil, l’ancienne éditrice du projet, a proposé à Grelin de travailler sur notre bande dessinée, il a simplement répondu : “Un homme-trousse ? Bah non.” Mais on l’a rapidement séduit en lui expliquant qu’on ne voulait pas écrire une énième parodie de super-héros mais qu’on tenait à traiter notre idée absurde avec sérieux. Trousse Boy reste une comédie, mais certains moments sont volontairement dramatiques, voire sinistres. C’est d’ailleurs ce décalage qui nous a donné envie de créer le personnage à l’origine, c’est l’essence même du projet. Et ça, Grelin l’a tout de suite compris. Il s’est d’ailleurs très vite approprié l’univers pour nous proposer des idées graphiques qui ont aidé à étoffer notre vision : le personnage de la Colle par exemple, c’est un ajout de sa part !

Quels ados étiez-vous au collège / lycée ?
Elliott / Trousse Boy ne nous ressemble pas : il est arrogant, prétentieux et n’a pas de véritables amis. Donc heureusement, le seul point commun qu’on a avec lui, c’est qu’on n’était pas très sport non plus… Même si Julien tient à préciser qu’il a fait du basket (il était nul) (l’important, c’est de participer) (et tu participais ?) (pas tellement).
En vérité, on retrouve un peu de nous dans la plupart des personnages de la classe d’Elliott. On s’est pas mal inspirés de nos années collège pour retranscrire par petites touches des moments que l’on a traversés : le parallèle entre la puberté et la malédiction d’Elliott, les groupes de potes avec la difficulté de s'intégrer, le jugement des autres et la pression d’être forcément quelqu’un d’intéressant.

À l’instar de vos personnages, si vous deviez choisir un super-pouvoir de la trousse, lequel choisiriez-vous ?
Julien : En primaire, je me suis fait engueuler par ma prof parce que j’avais falsifié mes copies à l’effaceur pour nier mes fautes. À l’époque, le pouvoir magique de l’Effaceur m’aurait permis de m’effacer moi-même tellement je m’étais senti con.
Valentin : À la fin de la BD il y a des bonus et notre ami Adrien Ménielle y a dessiné les personnages recalés au casting de Trousse Boy. Parmi eux, il y a “Bout de gomme dégueulasse man”. Je ne sais pas quel aurait été son pouvoir, mais je crois que je m’identifie assez bien.


 

Interview de Grelin

Peux-tu nous parler de ton parcours et de tes expériences de dessinateur ?
Je suis auteur depuis dix-sept ou dix-huit ans et j’ai réalisé quelques albums BD et manga durant ces années. Je suis aussi concept artist et illustrateur sur d’autres projets, pour le jeu vidéo ou encore le dessin animé. Après un diplôme de graphiste et un BTS dans la pub, je me suis ensuite lancé dans la BD et l’illustration. J’ai toujours voulu faire ça.
J’adore diversifier mon travail, pouvoir m’amuser sur plein de projets différents et aussi apprendre toujours de nouvelles choses. Ça me permet de me renouveler et ne pas m’ennuyer à faire encore et toujours les mêmes projets !

Quelles sont tes influences / références en bande dessinée pour ton dessin ?
Influencé par l’arrivée des premiers mangas (en japonais), j’ai aussi grandi avec le Club Dorothée, et mon père avait une belle collection d’albums franco-belges quand j’étais enfant. Je pense que ça se ressent fortement dans mon travail, je ne peux pas renier mes influences. Mes références sont Otomo et Toriyama à l’origine, ou encore Katsura et Kishimoto, et pour le franco-belge, j’affectionne particulièrement le travail de Gazzotti, Janry ou encore Bengal, mon grand frère, qui est lui aussi auteur.

Comment s’est déroulée ta collaboration sur Trousse Boy et comment as-tu développé l’univers avec Julien et Valentin ?
Longue... et COOL ! On a commencé à parler de ce projet il y a plus de cinq ans. Après quelques rebondissements inattendus sur ce tome 1 de Trousse Boy, on n’a pas lâché l’affaire et on a tenu bon pour aller au bout de notre projet ! Lorsqu’on m’a proposé le projet Trousse Boy, je me suis dit : “Non, ce n’est pas pour moi, ça. C’est une blague...” Mais j’étais curieux malgré tout et j’ai demandé à lire le projet pour en discuter avec Jul et Val. Et j’ai adoré la démarche et l’idée du diptyque. C’est un concept atypique, fun à faire et totalement assumé !

Quel ado étais-tu au collège / lycée ?
C’est adolescent que l’on change, bien souvent. Au collège, j’étais un ado timide et réservé, je ne trouvais pas ma place au sein d’un groupe. Au fil des années, je change, plus à l’aise avec les autres, je suis l’artiste de la bande, j’ai de la repartie, je trouve ma place et je m’épanouis ! Puis j’intègre un lycée artistique, et là, je m’éclate. Dans mon élément, je découvre plein d’aspects techniques et créatifs de mon futur métier !

À l’instar de tes personnages, si tu devais choisir un super-pouvoir de la trousse, lequel choisirais-tu ?
L’Effaceur ! Mais pas comme Tristan, hein. Je pense que j’en profiterais pour effacer les trucs relous et redessiner des trucs comme j’aimerais les voir :]

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