✧ Si vous étiez un personnage, quel pouvoir auriez-vous ?
S : Aucun. Quand on possède, comme Tarte, quelques avantages ou armes, on souffre du décalage entre ses idéaux et la réalité. À l’inverse, si l’on détient une puissance écrasante comme les personnages secondaires, on subit la responsabilité et la pression liées aux attentes des autres. C’est pourquoi je pense que n’avoir aucun pouvoir est la meilleure façon de vivre heureux. Je préfère être un citoyen ordinaire, spectateur des efforts des héros.
✧ Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ou amusé lors de la création de The Regalia of the Underdog ?
S : Le trailer réalisé par Glénat m’a stupéfié. Ça m’a fait un choc de voir mes dessins qui s’animaient, je me suis repassé la vidéo en boucle et j’ai été ému à chaque fois. Je me demande si le trailer ne serait pas plus intéressant que mon manga… Merci beaucoup pour avoir créé ce trailer de qualité. Ma scène préférée, c’est le moment où la couronne s’effrite.
✧ Vous avez poussé l’exigence jusqu’à développer un alphabet précis pour cette série. Cela correspondait il à un désir de pleinement détailler le monde dans lequel se déroule le manga ?
S : Je ne sais pas trop… La première raison était toute simple : j’avais envie d’essayer. C’était une motivation assez légère. En réalité, cet alphabet Astoria n’est pas d’une grande qualité en tant qu’écriture inventée. Une autre raison est que j’éprouvais un certain malaise à voir des lettres réelles utilisées dans un monde fictif. Il y avait donc sans doute le désir de construire un univers cohérent.
Je ne pense pas que je sois en mesure de créer un monde ou des personnages parfaits dès le premier jet. Chercher la perfection et la précision, c’est en quelque sorte tenter de dépasser ou de s’affranchir de la condition humaine. Quand l’oeuvre d’un homme atteint ce stade incroyable, elle provoque une forte émotion, une admiration mêlée de crainte face à ce qui semble inhumain.
À l’inverse, accepter l’imprécision et l’approximation revient à reconnaître et accepter notre humanité. Se dire que l’humain n’a pas besoin d’être parfait apporte un sentiment de réconfort et de bienveillance. Je crois que la création de cet alphabet reflète à la fois mon désir de viser la perfection et mon côté flemmard qui me souffle d’être un peu plus libre et nonchalant. Et ce mélange se retrouve sans doute non seulement dans l’alphabet, mais également dans l’ensemble de l’oeuvre.