Interview confinée de Philippe Richelle

Pendant le confinement, des auteurs de la maison nous racontent comment ils vivent la situation actuelle. 

LE CONFINEMENT VU PAR Philippe RICHELLE.
 

Philippe RICHELLE travaille actuellement sur la série Algérie, une guerre française avec Alfio BUSCAGLIA au dessin. Pour en savoir plus sur son travail, cliquez ici.

  
- Comment se passe votre confinement ?
 

Deux jours avant le début du confinement, je me suis senti mal. Pour la première fois depuis l’époque de l’acné et des comédons, j’avais de la fièvre. À ce stade, il était difficile de déterminer s’il s’agissait d’une grippe ou du Covid19. L’évolution de la maladie a écarté la première hypothèse. La fièvre s’accompagnait d’autres symptômes, surtout une accablante fatigue qui empêche de faire quoi que ce soit…
Durant cette période (qui a duré près de trois semaines), j’avais une obsession : celle de ne pas être affecté par des problèmes respiratoires. Heureusement, ça n’a pas été le cas…
Depuis quelques jours, je reprends peu à peu une activité normale, en me ménageant (car la fatigue persiste). Je n’ose pas encore me remettre à la pratique du sport (le sport intensif diminue l’immunité et peut engendrer des problèmes cardiaques, même chez des individus en bonne condition physique : c’est bon de le rappeler…).
Avant-hier, à la faveur de la météo printanière, j’ai commencé à m’occuper (un peu) de mon jardin…
J’attends avec impatience le feu vert pour aller voir mon père, malade, qui habite à un jet de pierre…
Pour le reste, on ressent peu les effets du confinement à la campagne. Par exemple, il n’y a pas de queue devant les (petits) supermarchés. Les gens vivent (presque) comme avant…
 
- Quelles idées proposez-vous pour plus de solidarité ?
 

La solidarité existe depuis toujours en milieu rural. On a l’habitude de se rendre de multiples petits services. Par exemple, nous organisons de longue date du covoiturage avec les voisins pour conduire nos enfants au lycée…On peut aussi compter sur nos amis, la famille…
 
- Comment votre travail de création est-il affecté, et quelles visions nouvelles cette crise peut-elle vous apporter ?
 

Comme tout auteur de BD, ou scénariste, ou romancier, j’ai l’habitude de bosser seul chez moi. Le travail de création n’est dès lors pas affecté. Effet positif de la situation : je suis désormais entouré de mon épouse et de ma fille.
Pour l’avenir, j’écarte toute idée d’écrire un scénario sur le confinement : le thème a déjà été suffisamment exploité, voire surexploité, surtout au cinéma ou dans la littérature (de Deux ans de vacances de Jules Verne à la Casa de Papel en passant par Un après-midi de chien, pour ne citer que les premiers exemples qui me viennent à l’esprit). Je gage que de nombreux auteurs s’empareront du sujet : raison de plus pour ne pas en rajouter… 
Au-delà de mon travail, je vais reconsidérer mon mode de consommation ; refaire un potager (je n’en faisais plus depuis quelques années, faute de temps) ; limiter mes déplacements en voiture et, probablement, investir dans un vélo électrique.

Plus largement, ce qui me sidère dans cette crise, c’est l’incapacité des pays occidentaux (États-Unis compris) à fabriquer rapidement du matériel de protection (masques, appareils respiratoires, combinaisons, tests de dépistage). Depuis les années 60, suivant le modèle britannique (très vite suivi par le " cousin " américain), nos états ont totalement détricoté leur secteur industriel (en Belgique, nous avions jusqu’aux années 60 une industrie textile très performante : il n’en reste plus rien). Le modèle anglo-saxon, fondé avant tout sur le commerce (bien qu’ils aient jadis lancé la révolution industrielle !) doit être reconsidéré. Il faut - au minimum ! - relocaliser des entreprises productrices de biens de première nécessité. Les Allemands, qui ont une approche différente de l’économie, ont su conserver une industrie performante : il conviendrait de s’en inspirer…
Quand je vois qu’en Belgique, ce sont des citoyens isolés ou des prisonniers qui fabriquent masques et combinaisons de protection, j’ai envie de m’insurger. L’état a failli dans sa mission sur ce plan, comme en France, en Espagne, en Italie, etc. Les services publics ne sont plus ce qu’ils étaient… même si notre système de santé fonctionne bien malgré le manque de moyens, ne laissant personne sur le côté…

J’espère que des leçons seront tirées pour l’avenir (notamment en matière de télétravail, bénéfique pour la mobilité, donc pour l’environnement et le bien-être…) mais j’ai de sérieux doutes. Et je crains qu’après la crise, cette économie basée sur la croissance à tout crin ne reprenne de plus belle (avec pour conséquence une augmentation des problèmes climatiques). Nos décideurs apprennent peu du passé…
Je précise que ce n’est pas la mondialisation en tant que telle qui est responsable de ces carences (elle existe depuis des siècles), mais le libéralisme sauvage, basé sur la quête du profit à tout prix, sans vision à long terme, et qui délaisse de plus en plus la recherche fondamentale, pourtant essentielle…

Enfin, je voudrais saluer le travail du personnel médical, qui se bat en première ligne dans des conditions très difficiles (en Belgique, médecins et infirmiers ne bénéficient toujours pas de tests de dépistage !), ainsi que le personnel des enseignes alimentaires, la police, les pompiers, et j’en oublie...
 
 

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