Interview confinée de Mark Eacersall

Pendant le confinement, des auteurs de la maison nous racontent comment ils vivent la situation actuelle. 

LE CONFINEMENT VU PAR Mark EACERSALL.
Co-auteur de GoSt 111, Mark Eacersall a entre autres signé le scénario du prochain Sylvain Vallée, Tananarive. Nous l’avons interrogé pendant le confinement…
 
- Comment se passe ton confinement ?
 
Le sport et la nature me manquent. Passée la déception d’avoir sorti ma première BD six jours avant que tout ne ferme, je me suis fixé des objectifs, comme celui d’avoir fini pour le 11 mai le nouveau scénario que je co-écris avec Henri Scala. Par ailleurs, j’essaie de ne pas dramatiser : ce qu’on vit, ce n’est pas la peste noire au Moyen-Âge non plus.
 
- Quelles idées proposes-tu pour plus de solidarité ?
 
Je crois que la première des solidarités, c’est de n’être une charge pour personne. Avant de savoir s’occuper des autres, faire gaffe à soi. Être autonome, c’est déjà préserver autrui, c’est pas mal… Et c’est un gars qui a eu le virus en mars qui vous dit ça, hein.
 
- Comment cette situation impacte-t-elle ton travail ? 
 
Aucunement. Je reçois des planches de livres en cours d'élaboration. J'écris. Par ailleurs, j'avais deux projets validés par Glénat, mais non signés, dont les contrats ont été loyalement honorés malgré la situation.
 
- Quelles visions nouvelles cette crise peut-elle nous apporter ?
 
J’espère qu’on reviendra à ce qui fait la force de notre civilisation : les Lumières. La science, dont on a besoin plus que jamais, la raison, la liberté surtout, qui est attaquée de partout. Je me permets de rappeler que le libéralisme n’est pas une doctrine économique, mais une philosophie du droit qui protège les libertés individuelles, telles que notamment définies dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789, contre l’arbitraire ou le pouvoir sans limites. En deux mots, le libéralisme, c’est l’État de droit. Donc dire, comme je l’ai lu ici, que cette crise serait due au " libéralisme sauvage ", c'est-à-dire à un excès d’État de droit, ça n’a pas de sens.
 
Ailleurs, certains fustigent plutôt le " néolibéralisme ", qui n’est ni théorisé, ni revendiqué par quiconque. Peut-être par-là désignent-ils le capitalisme de connivence (crony capitalism en anglais) ? Autrement dit le clientélisme et le favoritisme - grandes spécialités françaises - qui sont tout à fait détestables, et exactement le contraire du libéralisme, comme on le constate dans les États les plus libéraux : Nouvelle-Zélande, pays scandinaves, Suisse, Canada, Pays-Bas, Hong Kong (bien que ces derniers soient sérieusement menacés par Pékin)... Tout ça est passionnant mais, on le voit, très éloigné de problèmes épidémiologiques ou du fait que quelqu'un, en Chine populaire, aurait mangé un pangolin qui aurait été contaminé par une chauve-souris…
 
- Comment vis-tu personnellement cette crise ?
 
En plein confinement, je mesure plus que jamais la valeur de ma liberté. Dans un pays sur-administré comme la France, il faut quand même en ce moment fournir une attestation pour aller se promener ! Or ceux qui s'inquiètent - à juste titre selon moi - du tour de vis liberticide que préparent certains États après la crise, ceux-là sont souvent les mêmes à souhaiter imposer autoritairement leur vision du monde aux autres. On parle par exemple d’en finir avec le marché libre, ou la surconsommation... Mais si le marché n’est plus libre, c’est qu’il sera contraint. Par qui ? Pourquoi ? Quant à la surconsommation, elle désigne souvent la consommation... des autres. Qui vous dit que la BD, par exemple, ne sera pas un jour considérée comme de la " surconsommation " ? Quelle autorité suprême mérite de décider de ce que je peux créer, produire, ou lire ? Au nom de quoi ?
 
Bon, je ne suis pas là pour faire une tribune, mais je réponds juste pour finir à certains de mes amis qui s’alarment : " Oui, mais la liberté, c’est aussi la liberté de polluer, de piller la planète ! " Amoureux de la nature et supporteur de l’État de droit, je ne peux que m’en inquiéter. Mais je rappelle d’une part que la nature n’est pas fondamentalement bonne pour les humains (le virus est tout à fait naturel), d’autre part que l'écologie relève de la science, et non pas des injonctions à la mode ou de la pensée magique. Gardons-nous des idées toutes faites.
 
Et j’en profite pour demander à ceux qui le peuvent de saluer les oiseaux ou les fleurs qu'ils verront, de la part d'un gars confiné entre quatre murs, à Paris.
 
Pour en savoir plus sur Mark EACERSALL cliquez ici et découvrez GOST 111 avec Marion MOUSSE au dessin, en cliquant ici. 

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GoSt 111
9782344026977
Collection : 
11.03.2020