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Interview des auteurs du manga Ryukyu Buccaneer

Cap sur l'archipel de Ryukyu ! Découvrez le manga Ryukyu Buccaneer, en avant-première, à travers une interview exclusive de ses auteurs !

À l'occasion du lancement de Ryukyu Buccaneer le 7 octobre prochain, nous avons eu la chance d'interviewer les auteurs du manga dans le cadre d'une exposition sur notre stand, lors de la 25e édition de Japan Expo, du 9 au 12 juillet 2026 !

L'histoire : Japon, deuxième moitié du XIXe siècle. Muta Hanagusuku, un jeune homme issu d'une ancienne famille de samouraïs aujourd'hui déchue, chaparde de quoi manger pour pallier la pauvreté de son foyer. C'est à ce moment-là que commence à circuler la rumeur d'un énorme trésor qu'un pirate aurait caché sur une île de l'archipel Ryuku… Alors qu'il est accusé à tort d'un crime horrible, Muta se retrouve emporté dans une folle chasse au trésor !

L'INTERVIEW 

Scénariste : RAINY KAMITSUKI
Dessinateur : NAU DOI

Pourquoi avoir choisi de placer l’histoire dans un contexte de fin d’ère Edo et de shogunat Tokugawa ? 

RAINY KAMITSUKI : J'ai puisé mon inspiration dans cette époque chaotique, où les désirs humains tourbillonnent et s'entrechoquent. Au stade du projet, j'envisageais initialement une période plus ancienne. Cependant, mon éditeur m'a suggéré qu'une époque un peu plus récente offrirait sans doute davantage d'impact. En me replongeant dans mes recherches, j'ai réalisé qu'il avait raison. 

Le Bakumatsu représente une période charnière majeure de l'histoire japonaise et a déjà été abondamment dépeint dans de nombreuses œuvres. En revanche, les récits se déroulant à Ryukyu pendant le Bakumatsu sont extrêmement rares. C'est précisément pour cette raison que j'ai choisi ce cadre : tout en me différenciant des autres œuvres, je pensais pouvoir représenter cette époque à travers mon propre regard.

Comment créez-vous les chara design de vos personnages ? 

NAU DOI : Pour exprimer la déchéance sociale de Muta, j’ai choisi des vêtements ayant un aspect sale et usé, avec des coutures bien visibles. J’ai également laissé la poitrine ouverte afin de mettre en valeur ses abdominaux sculptés. Pour les autres personnages, leurs tenues et coiffures correspondent simplement à ce que j’ai envie de dessiner en ce moment.

Le choix de situer l'intrigue dans les îles Ryukyu est assez rare dans le manga historique : qu'est-ce qui vous a attiré vers cette région et son identité culturelle unique ? Et qu'est-ce qui vous passionne le plus dans l'histoire de l'archipel ?

RAINY KAMITSUKI : J'ai été attiré par la ténacité de ce petit pays. Il suffit de regarder Okinawa sur une carte du monde pour se rendre compte de sa petitesse. Située à proximité de la Chine et du Japon continental, sa position la rendait vulnérable, toujours susceptible d’être absorbée par une grande puissance. Dans un tel environnement, le royaume de Ryukyu a depuis longtemps su mener des négociations avec habileté et préserver sa culture propre. 

Cette culture, transmise au fil du temps, porte en elle une multitude d'émotions : la capacité de rire des épreuves en disant "nankurunaisa" (Tout ira bien), mais aussi la colère née des guerres, des invasions et des multiples formes d'oppression, ce qui lui confère un charme immense ! C’est cette histoire qui a éveillé en moi une profonde passion.

Comment abordez-vous la tension entre les traditions des îles Ryukyu et la pression extérieure du Japon féodal ? 

RAINY KAMITSUKI : Il y a des gens bien, et il y a des gens mauvais. C'est ainsi que j'aimerais les représenter. À l’époque, le royaume de Ryukyu et le domaine de Satsuma étaient des pays distincts ; ils devaient donc naturellement se méfier l'un de l'autre. Lorsque les cultures diffèrent, les façons de penser diffèrent elles aussi, et il se peut même que la langue n'ait pas toujours permis une véritable compréhension mutuelle. Du point de vue de Ryukyu, Satsuma était un envahisseur venu d'au-delà de la mer.

Toutefois, y compris en ce qui concerne la Chine des Qing, je ne souhaite pas présenter les choses en termes de pays ❝bons❞ ou ❝mauvais❞. Dans chaque camp, il y a des individus malveillants comme des personnes de valeur. Il existe des traîtres lâches, mais aussi des êtres droits, profondément attachés à l'honneur. Dès lors que les intérêts nationaux entrent en jeu, les affrontements sont inévitables ; mais si l'on s'attache aux individus, ce sont avant tout des êtres humains. Ils se tourmentent sans doute pour des choses similaires et peuvent rire des mêmes choses.

C’est pourquoi je souhaite que Muta et Shinsen puissent nouer une amitié qui dépasse leurs appartenances respectives.

Avez-vous d'ailleurs mené des recherches approfondies sur l'histoire et la culture des habitants d'Okinawa à l'époque ?

RAINY KAMITSUKI : Je me suis rendu très régulièrement à la bibliothèque départementale de ma région. Étant moi-même originaire d'Okinawa, je sentais qu'il y avait un avantage à situer l’histoire dans ma région natale. En revanche, je ne possédais pas de connaissances approfondies sur la période de Ryukyu. J'ai donc mené des recherches, par exemple à la bibliothèque préfectorale d’Okinawa pour étudier les patronymes et les armoiries familiales, ou encore au musée historique de la ville de Naha afin de m'imprégner de la culture de l'époque. Avec mon éditeur, nous sommes aussi allés enquêter sur Ogami-jima, l'un des lieux ayant servi de modèle au décor du récit. 

Le dialecte que nous utilisons aujourd'hui est relativement adouci ; ainsi, pour les scènes faisant intervenir d’anciens chants transmis sur l'île et rédigés dans un okinawaïen plus authentique et marqué, j'ai travaillé les dialogues en m'appuyant sur les conseils de mon père.

Comment vous êtes-vous documenté sur la période du Bakumatsu pour en offrir une représentation cohérente et vivante ?

NAU DOI : Je ne suis absolument pas familier avec la culture de Ryukyu, et plus j'effectuais des recherches, plus je faisais de nouvelles découvertes. J'avais déjà étudié le Japon de la fin de l’époque d’Edo, mais tout ce qui concerne Ryukyu m'était inconnu. Les vêtements, l'architecture et la végétation sont particulièrement différents, et je dois effectuer des recherches à chaque fois que je dessine.

 L'histoire d'Okinawa est méconnue à l'international. Que ressentez-vous à l'idée de faire découvrir cette partie de l'histoire au reste du monde via votre manga ?

RAINY KAMITSUKI : Je suis très heureux de pouvoir bénéficier d'une publication à l'étranger. Okinawa étant également une destination touristique, j'espère que les lecteurs français s'intéresseront aux particularités et à l'histoire de cette région, que cela donnera envie à davantage de personnes de s'y rendre et que l'archipel gagnera encore en dynamisme.

Si j'avais un peu plus de marge dans la chasse au trésor, j'aimerais d'ailleurs y inclure encore davantage de références aux spécialités locales d'Okinawa et de Kagoshima…

Comment avez-vous trouvé l'équilibre entre fidélité historique et liberté scénaristique pour servir l'histoire ? Le trésor est-il inspiré d'une légende réelle ou entièrement fictionnel ?

RAINY KAMITSUKI : Je fais en sorte de ne pas trop basculer dans le fantastique. La question du niveau de réalisme a fait l'objet de longues discussions avec mon éditeur. Il y avait par exemple une idée selon laquelle Shitaru ferait apparaître un shisa (statuette protectrice traditionnelle d'Okinawa, ressemblant à un mélange de lion et de chien) à partir des ombres, mais cela a été jugé trop magique et a finalement été abandonné. En revanche, en privilégiant l'impact visuel et la puissance de la scène, j'ai tout de même coupé un requin géant en deux (rendez-vous dans le tome 2, pour découvrir ce combat épique !).

Concernant l'île au trésor, je me suis appuyé sur plusieurs légendes réellement transmises dans l'archipel, que j'ai combinées entre elles. De plus, des personnages ayant réellement existé (tels que Kichinosuke ou Hanjiro) apparaissent dans le récit, alors j'ai veillé à vérifier ce qu'ils faisaient et quelles étaient leurs idées à l'époque où se situe l'histoire, afin de ne pas trop m'éloigner des faits historiques.

Comment avez-vous créé votre duo de personnages Muta Hanagusuku / Shinsen Suzuki ? 

RAINY KAMITSUKI : Comme il s'agit d'une ❝buddy story❞, je voulais mettre en scène deux personnages opposés. En grandissant, il m'arrive moi aussi de me dire que ❝le monde est injuste❞, que ❝c’est la loi du plus fort❞, et de finir par abandonner certaines choses en croyant avoir compris comment fonctionne la société. Mais au milieu de ces adultes qui baissent la tête et acceptent l'injustice, je me suis dit qu’un garçon dans l’impossibilité de devenir adulte mais capable de s'indigner sincèrement face à l'absurdité du monde, posséderait une véritable force en tant que protagoniste. C'est ainsi qu'est né Muta. 

Son partenaire idéal devait alors être, à l'inverse, un garçon qui a accepté très tôt l'injustice de la société et qui a grandi avant l’heure. J'ai trouvé intéressant d'imaginer une histoire où deux êtres antagonistes unissent leurs forces autour d'une seule promesse, vague mais essentielle : ne jamais se trahir. C'est de cette idée que sont nées les aventures de ces deux personnages.

Vous créez des scènes d'action extrêmement dynamiques. Comment travaillez-vous la mise en scène des combats et la lisibilité des mouvements ? 

NAU DOI : En clarifiant avec quoi les personnages attaquent et avec quoi ils se défendent, je pense que l'on comprend beaucoup mieux ce qui est en train de se passer. De plus, montrer le corps entier au lieu de se limiter au haut du corps rend la scène plus lisible. Mes scènes d'action sont influencées par One-Punch Man. 

Quel a été le plus grand défi graphique pour représenter un Japon en transition entre traditions et influences étrangères ? 

NAU DOI : Les décors en arrière-plan.

Quelles sont vos inspirations ? 

RAINY KAMITSUKI : Lors des réunions éditoriales, nous évoquons beaucoup d'œuvres comme références. En ce qui concerne la quête de trésor, Golden Kamui est souvent citée, tandis que pour l'aspect aventure sur une île, Hell's Paradise revient régulièrement. Pour les personnages, mon éditeur est un grand fan de Kingdom ; je l'ai donc relu moi aussi, et nous nous sommes enthousiasmés ensemble en échangeant sur ce qui fonctionne si bien chez tel ou tel personnage.

Ryukyu Buccaneer est un manga riche dans ses décors, ses personnages, avec de l'action mais aussi de l'humour. Que préférez-vous dessiner ?

NAU DOI : Ce que je préfère, c'est le chara design. Cependant, comme dans un manga il faut dessiner plusieurs fois les personnages créés, j'évite de leur ajouter trop d'ornements ou de détails, qui peuvent être lourds à représenter en permanence.

Quels sont vos mangakas préférés et ceux qui vous ont inspiré pour Ryukyu Buccaneer ? 

NAU DOI : Mes mangakas préférés sont Yusuke Murata (One-Punch Man) et Takehiko Inoue (Vagabond). Pour dessiner les kimonos, Vagabond m'est d'une grande aide et constitue une inspiration majeure.

Quelle est votre scène préférée dans les premiers chapitres ? Celle qui vous a procuré le plus de satisfaction à dessiner ?

NAU DOI : Ma scène préférée est la double page du début du chapitre 3 (celle avec le fond noir où le samouraï est tranché, dans le tome 2 à paraître). Elle est vraiment stylée. Ce qui me procure le plus de satisfaction, c'est que chaque chapitre publié montre une progression : le plus récent est toujours celui que je réussis le mieux, et je sens que je m'améliore !

Travaillez-vous principalement en numérique, en traditionnel ou en hybride ?

NAU DOI : Je dessine uniquement en numérique.

Comment se passe votre collaboration avec Doi-sensei ? Quelle est la fréquence de vos échanges ? 

RAINY KAMITSUKI : Tous les échanges passent par l’éditeur. Le scénario que j'écris est transmis à Doi‑san par l'intermédiaire de mon éditeur, puis, une fois que je découvre le story-board qu'il a réalisé, nous ajustons notamment les dialogues. Les story-boards de Doi‑san sont incroyables : les Muta et Shinsen que j’imaginais en écrivant le scénario prennent vie d'une manière deux ou trois fois plus impressionnante, et cela me procure à chaque fois une véritable excitation !

Comme nous n’avons pas l’occasion de nous voir en personne, je suis toujours très curieux de connaître ses impressions sur le scénario. 

Comment se passe votre collaboration avec Kamitsuki-sensei ? À quel point vous oriente-t-il sur le dessin et quelle est votre part de liberté dans l'interprétation du scénario ?

NAU DOI : Pour le chara design, on me laisse quasiment carte blanche et je dessine comme je le sens. Le déroulement de l'histoire et les répliques, y compris les gestes et attitudes, sont écrits de manière très détaillée, et je les retranscris tels quels en dessin. Pour les scènes de combat, lorsque certaines parties du scénario sont difficiles à adapter exactement, je les simplifie ou bien j'ajoute un ou deux coups supplémentaires. La composition, elle, est laissée totalement libre.

◈ Plus globalement, comment planifiez-vous le découpage et la composition des pages ?

NAU DOI : Pour le découpage des cases, je place un cadre plus grand autour des répliques que je veux mettre en avant, et pour le reste, je n'y réfléchis pas trop. C’est difficile à expliquer, mais en ce qui concerne la composition, par exemple si le scénario indique il tient un sabre à la main❞, je fais en sorte de dessiner une grande illustration montrant clairement la main qui saisit le sabre. J'essaie de représenter en grand les scènes que je veux accentuer. 

◈ Comment imaginez-vous les développements et l'orientation de l'histoire ? 

RAINY KAMITSUKI : Et pour la suite… que va-t-il se passer ? J'écris habituellement des romans, donc c’est ma première expérience d'un manga au rythme aussi rapide. Il m'arrive même d'être surpris moi-même par l'évolution de l'histoire, en me disant : ❝Tiens, comment en est-on arrivé là ?❞

La direction que prendra le récit reste encore imprévisible, mais une chose est sûre : il se dirigera vers ce qui nous fait vibrer. J'espère donc que les lecteurs étrangers accepteront de se lancer dans cette aventure avec nous et de cheminer aux côtés de Muta et de Shinsen !

Un grand merci à Rainy Kamitsuki & Nau Doi, pour le temps accordé à l'élaboration de l'exposition réalisée sur notre stand Japan Expo, ainsi qu'aux réponses à toutes nos questions pour cette interview. Et on vous donne rendez-vous le 7 octobre en librairie pour découvrir le tome 1 de Ryukyu Buccaneer !

Découvrez gratuitement le premier chapitre, dès maintenant :
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