◈ Le choix de situer l'intrigue dans les îles Ryukyu est assez rare dans le manga historique : qu'est-ce qui vous a attiré vers cette région et son identité culturelle unique ? Et qu'est-ce qui vous passionne le plus dans l'histoire de l'archipel ?
RAINY KAMITSUKI : J'ai été attiré par la ténacité de ce petit pays. Il suffit de regarder Okinawa sur une carte du monde pour se rendre compte de sa petitesse. Située à proximité de la Chine et du Japon continental, sa position la rendait vulnérable, toujours susceptible d’être absorbée par une grande puissance. Dans un tel environnement, le royaume de Ryukyu a depuis longtemps su mener des négociations avec habileté et préserver sa culture propre.
Cette culture, transmise au fil du temps, porte en elle une multitude d'émotions : la capacité de rire des épreuves en disant "nankurunaisa" (Tout ira bien), mais aussi la colère née des guerres, des invasions et des multiples formes d'oppression, ce qui lui confère un charme immense ! C’est cette histoire qui a éveillé en moi une profonde passion.
◈ Comment abordez-vous la tension entre les traditions des îles Ryukyu et la pression extérieure du Japon féodal ?
RAINY KAMITSUKI : Il y a des gens bien, et il y a des gens mauvais. C'est ainsi que j'aimerais les représenter. À l’époque, le royaume de Ryukyu et le domaine de Satsuma étaient des pays distincts ; ils devaient donc naturellement se méfier l'un de l'autre. Lorsque les cultures diffèrent, les façons de penser diffèrent elles aussi, et il se peut même que la langue n'ait pas toujours permis une véritable compréhension mutuelle. Du point de vue de Ryukyu, Satsuma était un envahisseur venu d'au-delà de la mer.
Toutefois, y compris en ce qui concerne la Chine des Qing, je ne souhaite pas présenter les choses en termes de pays ❝bons❞ ou ❝mauvais❞. Dans chaque camp, il y a des individus malveillants comme des personnes de valeur. Il existe des traîtres lâches, mais aussi des êtres droits, profondément attachés à l'honneur. Dès lors que les intérêts nationaux entrent en jeu, les affrontements sont inévitables ; mais si l'on s'attache aux individus, ce sont avant tout des êtres humains. Ils se tourmentent sans doute pour des choses similaires et peuvent rire des mêmes choses.
C’est pourquoi je souhaite que Muta et Shinsen puissent nouer une amitié qui dépasse leurs appartenances respectives.